Philippe Nusswitz parrain de la 34e édition

Le président de la section Languedoc-Roussillon – Vallée du Rhône sud de l’Union de la Sommellerie française, meilleur sommelier de France 1986, est aussi metteur en marché dans l’appellation Duché d’Uzès. Récit d’un parcours

étonnant
Le monde de la vigne, c’est du côté salle de restauration qu’il l’a découvert. C’était au début des années 80, pas loin de Ribeauvillé où il est né en 1963, au cœur du vignoble alsacien. Philippe Nusswitz, qui n’a alors que 17 ans, côtoie bon nombre de vignerons du cru passionnés par leur métier, clients de l’établissement dans lequel il fait son apprentissage, et qui lui transmettent le virus du vin. « Je n’étais pas du tout prédestiné mais juste par le contact avec ces gens, j’ai su qu’il fallait que j’oriente ma vie autour de cet univers. Et le seul moyen de m’en rapprocher, c’était le métier de sommelier ». Pas évident à l’époque où n’existait aucune formation spécifique. Mais Philippe Nusswitz est né sous une bonne étoile : à une dizaine de km de chez lui se trouvait un restaurant prestigieux 3 étoiles Michelin, l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, avec un sommelier de renom, Serge Dubs, toujours en poste aujourd’hui dans le même établissement. « J’ai fait mes premières armes avec lui, ce qui m’a conforté dans mon idée de me spécialiser dans la sommellerie ». Pour aller plus loin, dans le cadre d’une formation professionnelle, il prend quelques cours du soir avec Paul Brunet, « un des meilleurs profs » qui l’encourage dans cette voie.  Et puis après, c’est beaucoup de travail personnel avec toujours le besoin de se situer par rapport aux autres. « Et la seule façon de connaître son niveau, c’était de faire des concours puisqu’il n’y avait pas de diplôme ».

 Meilleur sommelier de France

Le premier auquel il se frotte – alors qu’il est en poste depuis 3 ans au Château d’Isenbourg, un Relais & Château alsacien – sera le bon : c’est celui de meilleur sommelier de France. Il y participe en tant que jeune candidat en 1985 et remporte l’épreuve régionale. Le voilà donc, un an plus tard, qui  représente sa région au niveau national : il décroche le titre. Dans la foulée, deux mois plus tard, il est candidat pour la France dans un concours international (qui n’existe plus) et devient meilleur sommelier  international en vins et spiritueux français. « J’ai eu la chance d’avoir tout tout de suite… ces titres successifs m’ont donné la maturité à laquelle j’aspirais ». Philippe Nusswitz s’est alors senti « pousser des ailes ! » et c’est du côté de New-York qu’il décide de s’envoler.

 

L’aventure américaine

Un véritable choc des civilisations ! « C’était l’objectif, dit-il. Parce que je n’étais pas vraiment sorti de ma campagne même si j’avais fait un an à Londres quand j’avais 18 ans ». Il ouvre alors avec des associés américains un restaurant, le « Coq d’Or » – du nom du trophée qu’il avait reçu au concours international – dont la particularité était de n’avoir que des vins français à la carte. « New York était à l’époque l’endroit où l’on avait le plus grand choix de vins au monde. Non seulement on pouvait facilement en importer mais je trouvais là-bas des vins impossibles à dénicher en France. J’avais les plus belles étiquettes ! C’était une époque bénie où je pouvais servir des hermitages Chapoutier au verre ! ».

 

Ambassadeur de la Maison Mumm

Malheureusement, le krach boursier de 1987 mettra fin au bout d’un an à l’aventure : « C’était économiquement un peu compliqué. Ma fille est née en même temps. Je m’étais marié juste avant de partir…». Il a donc fallu se réorienter : d’abord dans un Relais et Châteaux, toujours au Etats-Unis, pendant trois ans ; avant de retraverser l’Atlantique pour ouvrir cette fois une école du vin à Bordeaux, chez le premier exportateur de vins français, Barton et Guestier, négociant basé à Bordeaux. Il s’agissait pour Philippe Nusswitz de former les commerciaux et les clients de l’entreprise à travers le monde.

Cette filiale de Seagram, 2e groupe de vins et spiritueux au monde à l’époque, l’envoie ensuite en Champagne, au sein de la Maison Mumm où il est nommé ambassadeur international : « J’allais représenter la marque à travers le monde dans les salons professionnels et chez les restaurateurs pour prêcher la bonne parole et motiver les troupes. J’ai bénéficié ainsi de leçons de marketing plus poussées ». Qu’il renforcera encore lorsqu’il devient, toujours chez Seagram, directeur de la qualité des produits pour tout le groupe. « Je n’étais plus vraiment dans mon rôle de sommelier… c’était autre chose ». Dont il finira par s’éloigner …

 

Orenia et les vins du Duché d’Uzès

En 2001 en effet, nouveau changement radical de cap : il vient s’installer près d’Uzès : « Le modèle que j’avais en tête était celui d’une winerie comme en Californie. Mon intérêt, ce n’était pas d’avoir de la vigne mais de faire du vin. Avec des gens qui ont un vignoble mais qui n’en expriment pas automatiquement le potentiel ». N’ayant pas hérité de vignes en Alsace ou en Bourgogne et n’ayant pas envie du froid ligérien, il préfère aller dans le Languedoc. Une belle région avec de belles opportunités et cet esprit pionnier qu’il affectionne. Il y entrevoit l’avenir de la nouvelle appellation Duché d’Uzès et décide de mettre en place un partenariat avec les vignerons coopérateurs de Durfort, à côté d’Anduze, sur le piémont cévenol. Dans le même temps, pour parfaire ses connaissances, il suit par correspondance une formation au lycée viticole de Beaune (BP REA – responsable d’entreprise agricole) sur deux ans entrecoupés de quelques séjours sur place. « Pour avoir le minimum de connaissances générales, précise-t-il. Mais après, c’est un travail perso et il faut savoir regarder, écouter, prendre des conseils ».

 

Il crée alors une marque, Orenia, contraction des deux dernières lettres des prénoms de ses enfants. Parce qu’il avait appris dans son métier précédent qu’une marque est nécessaire, que ce soit pour le vin ou autre chose. « Sachant que j’allais être noyé dans une offre, il fallait que je me démarque ». Aujourd’hui, Philippe Nusswitz produit quelque 80 000 bouteilles : 2 blancs, 2 rouges et 1 rosé qui constituent sa gamme plus 2 ou 3 vins qui gravitent autour. Tous en Duché d’Uzès. Tout se fait chez les vignerons de Durfort : vinification et mise en bouteilles. A côté, il vinifie des vins de type nature en cuvée confidentielle comme « Miratus » ou « Il était une fois en Cévennes ».

 

«  J’ai toujours eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, confie-t-il. Et d’y être attentifs. Comme le vice-président de la cave, Michel Souchon, qui est aujourd’hui le président du syndicat du Duché d’Uzès. Quelqu’un de convaincu du potentiel du terroir, qui m’a fait confiance pour ce partenariat. Du coup, depuis le premier millésime en 2003, je me suis développé au même rythme que l’appellation… avec conviction !».

 

L ’Union de la Sommellerie française

Parallèlement à ses activités professionnelles, Philippe Nusswitz a toujours été actif dans le réseau de la sommellerie. Et quand il est venu dans la région en 2001, il a immédiatement rejoint l’association des sommeliers du Languedoc-Roussillon – Vallée du Rhône sud qui regroupe quelque 150 membres. « Comme j’ai gagné un concours qu’ils organisaient, j’estimais qu’il était important de leur apporter un peu de mon temps ». Membre du comité technique dès son arrivée, organisateur de concours nationaux, il a été élu il y a 3 ans une première fois  à la présidence et réélu en janvier de cette année.